TABLE RONDE 6 : Bâtir l’avenir du football ivoirien : entre mémoire, leadership et innovation
Le mardi 28 avril 2026 à 13h30, une réflexion profonde s’est tenue autour d’une interrogation centrale lors de la 1ère journée du SILA 2026 : « le football peut-il exister durablement sans être écrit » ? Au cœur des stands dressés au parc des Expositions de Port-Bouët, la table ronde a réuni des acteurs clés du monde du sport et des médias. Entre manque de documentation, défis de gouvernance et nécessité de transmission, les échanges ont mis en lumière une urgence : écrire pour bâtir l’avenir du football ivoirien.

La discussion s’est ouverte sous la conduite de Fernand DEDEH, journaliste sportif et consultant média. Il a orienté les débats autour d’une question essentielle : le football se trouve-t-il dans un livre ? Si la réponse a semblé évidente sur le principe, elle s’est révélée plus complexe dans les faits.
Aux côtés du modérateur, plusieurs intervenants ont enrichi les échanges. Souleyman Cissé, ancien footballeur professionnel, Adam Khalil, journaliste et membre du jury du Ballon d’Or, ainsi que Michel Alex Kipré, professeur de lettres modernes et encadreur psycho-pédagogique.
Très vite, un constat s’est imposé. En Côte d’Ivoire, le football reste encore insuffisamment documenté. Les panélistes ont exprimé un regret commun face au manque d’écrits retraçant les expériences, les parcours et l’histoire du football ivoirien. Ce déficit de mémoire écrite a été identifié comme un frein à la transmission du savoir et à la structuration du secteur.
Dans cette dynamique, l’importance de l’écriture a été fortement soulignée. « Prévoir, écrire, anticiper ,» c’est le principe fondamental mis en lumière par Souleyman Cissé. Selon lui, écrire permet de laisser des traces durables et de construire une base pour les générations futures. L’idée selon laquelle un footballeur qui écrit devient un formateur pour ses cadets a particulièrement marqué les échanges.
Les intervenants ont également insisté sur le fait que derrière le football se cache une réalité humaine riche, faite d’expériences et de vécus qu’il est nécessaire de transmettre. Dans un contexte africain marqué par un besoin croissant d’information, il est apparu essentiel que les acteurs du football joueurs, journalistes, encadreurs documentent leurs parcours avant qu’ils ne disparaissent.
Cependant, un obstacle majeur a été mis en avant : la pudeur. Cette retenue limite l’expression et freine l’écriture sportive. Or, écrire suppose de « dire et savoir dire », souligne Michel Alex Kipré. Autrement dit, s’exprimer avec responsabilité tout en assumant l’exposition de soi, de sa famille et de sa communauté.

Au-delà de la question de l’écriture, les échanges ont permis de redéfinir le football comme un véritable écosystème. Le sport ne se limite plus au terrain. Il englobe des dimensions éducatives, sociales, économiques et médiatiques. L’importance de l’aspect scolaire a été soulignée, invitant à repenser la formation des acteurs du football.
Le football a également été présenté comme un levier social majeur. Toutefois, les panélistes ont insisté sur une posture responsable. Il ne s’agit pas uniquement de se servir du football, mais aussi de le servir en contribuant à son développement.
Les discussions ont mis en lumière plusieurs défis structurels, notamment en matière de gouvernance, de gestion et de planification. Le manque de vision stratégique a été identifié comme un frein au développement du football ivoirien. Dans ce sens, il a été rappelé qu’aucune réussite économique durable ne peut exister sans une contribution sociale.
Par ailleurs, les maisons d’édition ont été encouragées à publier davantage d’ouvrages dédiés au sport, et particulièrement au football, afin de structurer le savoir et de préserver la mémoire collective.
Malgré ces défis, les intervenants ont exprimé un optimisme mesuré, soulignant que l’Afrique dispose encore d’un vivier important de jeunes talents. Avec un meilleur encadrement, une vision claire et une volonté d’écrire et de transmettre, il est possible de bâtir un football durable et influent.
La rencontre s’est achevée par la remise de certificats aux différents panélistes, en reconnaissance de leur contribution à la qualité des échanges.
Jésus Kanga Adou

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