Table ronde 7 : Le livre francophone face aux frontières : un combat quotidien

Mercredi 29 avril 2026. Deuxième journée du SILA. Dans la salle de la Mezzanine, une question simple mais lourde de sens ouvre les échanges : pourquoi est-il si difficile de faire circuler un livre d’un pays francophone à un autre ?

C’est autour de ce sujet « Entretien croisé francophone : Au-delà des frontières » que se sont réunies Salma Kojok, auteure de Noir Liban et Maison d’Afrique, Sara Mody, directrice de NEI-CEDA, Suzanne Kemenang, directrice-fondatrice des Éditions Terre d’Accueil, et une représentante de l’Association des lecteurs du Québec. Avec une modération assurée par Aïcha Sylla, membre de la Direction Scientifique.

Des frontières qui bloquent les livres

La séance s’ouvre par la lecture d’un extrait de Noir Liban. Le ton est donné. Salma Kojok prend la parole et pose le problème sans détour : les livres voyagent mal. Frontières, coûts logistiques, contraintes administratives… chaque pays a ses propres barrières. Résultat ? Des œuvres écrites en français, pour un public francophone, qui peinent à traverser des frontières entre pays partageant la même langue.

L’exemple est frappant. Une représentante de l’Association des lecteurs du Québec évoque les difficultés rencontrées pour faire entrer certains ouvrages en Algérie. Un livre. Une frontière. Un blocage.

Le numérique comme échappatoire ?

Face à ces obstacles, une piste émerge : le format numérique. Moins de frontières, moins de logistique, moins de coûts. Mais la solution est-elle suffisante ? Les intervenantes restent prudentes. Si le numérique contourne les barrières physiques, il ne résout pas les inégalités d’accès ni les réalités économiques du secteur.

Le moment le plus fort de la table ronde vient d’ailleurs. Un distributeur présent dans le public prend la parole. Il met le doigt sur une autre réalité, moins visible. C’est la difficulté de gérer les revenus issus de la vente des livres. Diffuser un ouvrage est déjà compliqué. Être payé pour l’avoir diffusé l’est encore plus. Une limite structurelle qui fragilise l’ensemble de la chaîne du livre.

La rencontre se referme sur un constat partagé : l’espace francophone existe en littérature. Mais les ponts entre ses territoires restent à construire.

Marc Beugré

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