L’oralité n’est pas morte. Elle attend qu’on lui redonne la parole.
Vendredi 1er mai 2026. Dans la salle de conférences du Parc des Expositions du SILA, la table ronde 8 s’ouvre sur une question qui aurait pu sembler dépassée mais qui résonne avec une urgence réelle : comment parler de l’oralité, de la tradition orale, dans le contexte de la modernité ?

La modératrice, le Professeur Adom Clémence, pose le sujet sans détour. Autour de la table : Rokiatou Hampâté Ba, Imad Badreddine, Moussa Anza Akora et Hyam Yared, écrivains et chercheurs venus de plusieurs horizons, réunis par une même conviction.
La réponse est unanime, directe : l’oralité n’est pas morte. Et elle ne mourra jamais. Parce qu’avant que les mots soient écrits, ils sont dits.
Le conte et la fable (genres nés du feu, de la nuit, des voix des anciens ) sont, selon Rokiatou Hampâté Ba, toujours vivants dans le monde moderne. Ils retracent. Ils enseignent. Ils guident. « Ces genres gardent la mémoire du peuple », confirme Imad Badreddine. « Lire une fable, c’est découvrir quelque chose sur soi-même. »
Mais la transmission pose problème. L’écriture de l’oralité est difficile. Les lieux communs du conte (le feu, le cercle, la voix) disparaissent. La question s’impose alors d’elle-même : comment conserver ce patrimoine et le transmettre aux générations futures ?
Rokiatou ouvre une piste : l’écriture d’abord, reconnue comme mémoire du peuple. Les ateliers de formation. Les conférences. « Pour garder ce feu allumé et assurer sa diffusion dans le monde. »
Hyam Yared va plus loin. « L’oralité doit se recréer. » Les outils numériques (radio, télévision, podcasts) peuvent redonner vie aux contes, amplifier leur portée, les faire voyager au-delà des frontières de leur terre d’origine.
Moussa Anza Akora conclut simplement : « Primons les outils nécessaires pour donner vie au conte et aux fables. » La puissance vocale du conteur n’a pas disparu. Elle attend d’être restituée par ce que l’écriture seule ne peut pas rendre.
La conférence se ferme sur la voix de la modératrice. Une phrase, lancée comme un appel :« Écrivons, oui. Mais parlons ! »
Émeraude Ilboudo

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